Techniques de manipulation de l’opinion publique et de la société
Par Laurent Bourrelly • 16 décembre 2007 • Catégorie: Société 1 438 lecturesDepuis que les humains se regroupent en communautés et que les sociétés se forment et évoluent, il est nécessaire pour le pouvoir de manipuler les masses afin que l’ordre règne. C’est terrifiant d’apprendre que nous sommes seulement des poupées manipulées par le pouvoir, mais c’est malheureusement la triste vérité que tout le monde se borne à accepter sans réagir.
Pour comprendre vraiment comment les manipulateurs les plus habiles s’y prennent afin d’instaurer une pensée unique et de faire respecter l’ordre, il convient de lire Le Prince de Machiavel, mais j’ai trouvé un document qui résume assez bien les stratégies de base servant à manipuler l’opinion publique.
Manipulation de l’opinion publique et de la société
Les stratégies et les techniques couramment employées
1 - La stratégie de la diversion
Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. “Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser ; de retour à la ferme avec les autres animaux.” (extrait de “Armes silencieuses pour guerres tranquilles“)
2 - Créer des problèmes, puis offrir des solutions
Cette méthode est aussi appelée “problème-réaction-solution”. On crée d’abord un problème, une “situation” prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple : laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.
3 - La stratégie du dégradé
Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en “dégradé”, sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.
4 - La stratégie du différé
Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme “douloureuse mais nécessaire”, en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que “tout ira mieux demain” et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu. Exemple récent : le passage à l’Euro et la perte de la souveraineté monétaire et économique ont été acceptés par les pays Européens en 1994-95 pour une application en 2001. Autre exemple : les accords multilatéraux du FTAA que les USA ont imposé en 2001 aux pays du continent américain pourtant réticents, en concédant une application différée à 2005.
5 - S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge
La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisant, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge ou un handicapé mental. Exemple typique : la campagne TV française pour le passage à l’Euro (”les jours euro”). Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? “Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans.” (cf. “Armes silencieuses pour guerres tranquilles“)
6 - Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion
Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…
7 - Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise
Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. “La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être de la plus pauvre sorte, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures.” (cf. “Armes silencieuses pour guerres tranquilles“)
8 - Encourager le public à se complaire dans la médiocrité
Encourager le public à trouver “cool” le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…
9 - Remplacer la révolte par la culpabilité
Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !…
10 - Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes
Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le “système” est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.



Je découvre ton article au moment de poster mon Réflexion qui commence par un développement parallèle et où j’ai eu le temps de lier ton billet :
http://oliviersc.blog.lemonde.fr/2007/12/16/reflexions/
Ca fait plaisir
1 - La stratégie de la diversion : Largement utilisé par les « illusionnistes »
2 - Créer des problèmes, puis offrir des solutions : Méthode au combien utilisée dans les religions. Souffrez ici bas, Dieu vous le rendra !
3 – La stratégie du dégradé :
Normal on ne perçoit que les différences. C’est-à -dire que par exemple si on se pique le bout du doigt avec une épingle la douleur sera moins forte que si on applique le même traitement dans l’œil. Ou si on soupèse un poids de 1 kg on va le trouver acceptable, mais en rajoutant quelques grammes progressivement, il va arriver un moment ou l’on va le trouver très lourd. Alors qu’on aura rajouté que 10 grs entre les deux… Disons que si on arrive à 1kg5 on trouvera acceptable, mais à 1k510 cela deviendra trop lourd. Pourtant il n’y aura que 10 grs de différence. Mais avec de l’entrainement, on arrivera un jour a trouver qu’1k510 c’est vraiment peanuts !
4 – La stratégie du différé : C’est ce qui est appliqué par les sociétés qui proposent des crédits à la consommation. Les souscripteurs espèrent toujours pouvoir rembourser avant l’échéance. Demain je serais riche, et je pourrais rembourser la totalité…
5 - S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge : Normal ! Les promesses rendent les enfants heureux non ?
6 - Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion :
Là je suis moins d’accord. Et pour preuve il faut se réfèrer à l’exépérience de Stanley Milgram. Ce n’est pas l’émotionnel qui rentre en cause c’est l’autorité. Dans notre société on part du principe : « Si le gouvernement dit que c’est bien, c’est qu’après tout c’est bien »… Il représente l’autorité pour le commun des mortels.
7 - Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise
Là tout à fait. On ne souffre que de ce que l’on sait. La preuve, être cocu en soit c’est pas important dans la mesure ou on ne le sait pas. C’est à partir de ce moment là qu’on souffre, pas avant.
8 - Encourager le public à se complaire dans la médiocrité
C’est ce que j’appelle : Le lavage de cerveau (Ou Dany Boon) : “Je vais bien, tout va bien”. (Autrement appelé la méthode Couet)
9 - Remplacer la révolte par la culpabilité
Et oui ! C’est comme cela qu’on impose des dictatures !
10 - Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes
Là j’aimerais bien des liens vers des expériences.
Sarko vient d’utiliser la technique n°1 aujourd’hui : en s’affichant avec Carla Bruni ce WE tout le monde ne parle plus que de ça et a oublié la visite de Kadhafi, remarquable!
Je dois être un extra-terrestre ! J’ai découvert la liaison Sarko/Bruni par ce blog
Faut dire que ce soit Sarko ou n’importe quels pingouins de la Star Academy, ils peuvent bien avoir des relations même avec le Pape, cela ne m’intéresse absolument pas.
“La civilisation démocratique est entièrement fondée sur l’exactitude de l’information, si le citoyen n’est pas correctement informé, le vote ne veut rien dire.”
Jean-Francois Revel, Journaliste & philosophe, ancien directeur de l’Express.
http://www.facebook.com/group.php?gid=6154561246
[...] manipulée par les spécialistes des relations publiques. Après avoir mis le pied sur les techniques générales de manipulation de l’opinion publique, il était normal que j’en vienne à la manipulation de l’opinion par les entreprises. J’ai [...]
5- > Ha, oui, la “pédagogie” qui manquait pendant le référendum sur la Constitution, ou la “pédagogie” de Rafarrin :p En effet, c’est intéressant, et tellement (trop) applicable au réel!
Oulah, tu nous entraînes vers de vastes débats avec la Constitution Européenne ! Il y aurait tant à dire sur le sujet que je me tâte pour écrire un billet, mais ça viendra.
Quand à Raffarin, mieux vaut l’oublier celui là …
En suivant le groupe Facebook de Jaï, je suis tombé sur http://www.mediapart.fr/ qui me semble être une bonne initiative. A suivre pour voir si c’est vraiment aussi indépendant qu’il le prétend.
[...] Sans compter la réhabilitation de Bush au sein de la tête du pays car il faut rappeler que le président américain était au plus mal avant ce miraculeux événement qui l’a transformé de minable en sauveur. J’ai parlé de son discours sur les ruines du World Trade Center, mais il y a aussi l’image du moment où il a appris les attentats qui est superbement trop « idéale » car tout le monde se rappelle le regard hagard de Bush lorsque son collaborateur lui apprend la nouvelle à l’oreille tandis qu’il est en train de discuter avec de jeunes enfants dans leur salle de classe. Maintenant que je regarde tous ces détails sous un autre angle, tout se goupille parfaitement bien comme une opération classique de manipulation d’opinion publique. [...]